Une maladie invisible
La fibromyalgie a été dénommée par le passé fibrosite, fibromyosite, polyenthésopathie, ou SPID (syndrome polyalgique idiopathique diffus). Elle a été reconnue par l'Organisation mondiale de la Santé comme une pathologie en 1990. C'est un trouble d'origine incertaine, caractérisé par une douleur généralisée, associée à une sensibilité, des spasmes musculaires, de la fatigue, des troubles du sommeil et une dysfonction cognitive.
La fibromyalgie est un syndrome et non une maladie au sens strict — il n'existe pas de biomarqueur. Elle associe douleurs musculaires ou articulaires permanentes, fatigue chronique, troubles du sommeil, symptômes dépressifs et troubles anxieux. La personne qui en souffre se plaint d'avoir mal partout, sans interruption, pendant des mois voire des années.
Symptômes et diagnostic
La douleur est maximale au réveil, avec une raideur matinale pouvant aussi être perçue dans la journée après un maintien prolongé dans une même position. Les muscles sont ressentis comme durs et sensibles à la pression, avec une impression de gonflement articulaire.
Il n'existe à ce jour aucun examen de laboratoire ou radiologique permettant d'affirmer la fibromyalgie. Le diagnostic s'établit par élimination — IRM, scanner, consultation en centre anti-douleur — après avoir écarté d'autres pathologies. Le diagnostic repose notamment sur une douleur à la pression de 18 points bien définis du corps (cou, épaules, dos, hanches, creux des reins, coudes…), répartis sur les deux hémicorps. Onze points ou plus doivent être anormalement sensibles à la pression d'un doigt pour poser le diagnostic.
Les 3 stades d'évolution
La vie quotidienne est affectée partiellement.
Douleurs intenses de jour comme de nuit, perturbant les relations socio-professionnelles.
Le malade s'invalide, s'isole.
Qu'est-ce qui déclenche une crise ?
Un choc émotionnel ou physique (accident, intervention chirurgicale, deuil, accouchement, infection virale) est suspecté d'être un élément déclencheur. Le lien entre douleur, troubles du sommeil et dépression laisse aussi penser à un déficit en neuro-hormones, notamment en sérotonine. Les personnes souffrant de troubles digestifs comme le côlon irritable et/ou d'allergies alimentaires se plaignent souvent de douleurs similaires à la fibromyalgie. Les personnes atteintes souffrent fréquemment d'asthénie : chaque effort soutenu est mal toléré et le repos n'apporte qu'un bénéfice transitoire.
Alimentation et fibromyalgie
Privilégiez les aliments complets comme le riz brun, le quinoa, le sarrasin (l'avoine, le seigle, le blé et l'épeautre contiennent des prolamines, des protéines pouvant être inflammatoires). Limitez les produits laitiers, qui peuvent augmenter l'inflammation, et remplacez la viande rouge par du poisson, de la viande blanche et des légumes.
La fatigue chronique de la fibromyalgie justifie d'augmenter ses apports en magnésium, en fer et en vitamine D — une carence en vitamine D accentuerait la perception de la douleur. Le magnésium-L-thréonate, qui augmente le taux de magnésium cérébral, a montré une diminution de la douleur dans des études.
Plantes et remèdes naturels
La feuille de cassis et la fleur de reine-des-prés ont une visée anti-inflammatoire — à utiliser en infusion uniquement, sans bouillir, car leurs principes actifs sont volatils. Attention : la reine-des-prés contient de l'acide salicylique et est déconseillée en cas d'allergie à l'aspirine.
Le curcuma, riche en magnésium, vitamine B6, fer, manganèse, cuivre et zinc, est reconnu pour son action anti-inflammatoire, antirhumatismale et digestive. Associé à de la pipérine (poivre) ou à des graisses, sa biodisponibilité est augmentée. Il est déconseillé en cas de gastrite, d'ulcère, d'obstruction des voies biliaires, sous traitement anticoagulant, ou pendant la grossesse.
Côté huiles essentielles, la camomille romaine est utilisée pour les névralgies et migraines (usage externe conseillé), et la menthe poivrée ou la gaulthérie couchée pour soulager les douleurs localisées.
Des approches complémentaires
Approche nutritionnelle
Réajuster l'alimentation pour réduire l'inflammation et identifier des intolérances.
Gestion du stress
Méditation, yoga, thérapie cognitive pour diminuer les tensions.
Activité physique adaptée
Gym douce, marche lente et régulière, tai-chi ou natation pour améliorer la mobilité sans aggraver les douleurs.
Sophrologie & biofeedback
Relaxation et réduction des effets du stress, approche corps-esprit.
Médecine fonctionnelle
Identifier les déséquilibres sous-jacents aux symptômes.
Acupuncture & ostéopathie
Des disciplines complémentaires utiles pour certains patients.
« La douleur est permanente, H24, elle vous assaille. Votre corps ne vous appartient plus, il est en lutte permanente. La douleur chronique fait partie intégrante de vous. Des douleurs à chaque point d'articulation, et pour couronner le tout, une crise peut survenir alors que vous l'êtes déjà — ce que j'appelle la crise pendant la crise, la crise sévère : celle qui vous coupe le souffle, celle qui vous brûle, vous presse, vous tenaille, vous empêche d'être vous. La douleur est telle que votre cerveau ne réfléchit plus, vous êtes dans le brouillard — ce que l'on appelle le brouillard cérébral, ou fibrobrouillard. »
« La douleur prend le dessus, vous supportez encore et encore, plus que vous ne tolérez au quotidien. Sans répit, vous êtes sans force, complètement démunie face à tant de violence, comme si un rouleau compresseur était passé sur tout le corps — une douleur qui vous pénètre, vous brûle, vous torture au plus profond de vous-même. Invisible, elle est pourtant bien là. L'incompréhension vous assaille, la douleur ne vous quitte pas, elle est là du matin jusqu'au soir, au cas où vous n'auriez pas saisi qu'elle ne vous lâchera pas. C'est la fibromyalgie. »
« Diagnostiquée en 2016, après plus de 20 ans d'errance médicale et de symptômes non expliqués, malgré différentes scintigraphies osseuses. Aucun examen ne permettait de la détecter, et faute de signe clinique évocateur, on m'a longtemps orientée vers un psychiatre — grosse déception de cette non-prise en charge. Nous avons besoin de soulager nos maux, invisibles mais bien réels. »
— Nathalie Gonzalez Chamorro